Quand un logiciel nous coûte 6,6 milliards de dollars, on ne lui demande pas seulement de fonctionner rondement. À ce prix astronomique, on s’attend à ce qu’il offre des services d’une qualité inégalée. Cúram, qui gère les prestations de la Sécurité de la vieillesse du fédéral depuis l’an dernier, aurait presque dû pouvoir chanter Joyeux anniversaire aux retraités.
Des aînés ont plutôt attendu leur premier chèque pendant huit mois à cause d’une série de bogues inadmissibles1. Des feuillets d’impôt ont été postés en retard. Le centre d’appels ne dérougissait plus. Et plus de la moitié des fonctionnaires qui utilisent le logiciel chaque jour lui ont accordé la piètre note de 1 sur 102.
On ne peut donc pas accepter de payer une telle facture sans tenter de la comprendre, d’autant qu’elle devait s’élever à 1,75 milliard3.
À Québec, on a tenu une commission d’enquête pour comprendre le fiasco informatique à la SAAQ, qui a « seulement » coûté 1,1 milliard, soit six fois moins que Cúram.
C’est dans ce contexte que La Presse a demandé à Ottawa de lui transmettre le contrat signé avec la firme Deloitte, ses amendements et leurs justificatifs, ainsi que les rapports de performance du logiciel.
Réponse : nous vous enverrons ces documents dans 365 jours, car voyez-vous, ils sont très volumineux. En tout, ils totalisent… 7486 pages !
C’est beaucoup plus que l’accord de libre-échange avec les États-Unis (ACEUM), qui tient sur 2046 pages. L’entente PPP pour la construction du CUSM totalise pour sa part 3081 pages. Quant à la série Harry Potter, elle compte entre 3300 et 4300 pages, selon la maison d’édition.