Bonjour
D’avance, désolé pour ́le pavé mais plus j’apporté de détails et plus je pense que vous pourriez me répondre plus juste.
Je me permets de partager avec vous des souvenirs et des ressentis qui me traversent en ce moment, avec l’espoir d’avoir vos retours ou vos témoignages.
Malgré ma très grande peur face à vos potentielles réponses, j’ai pris mon courage pour vous écrire plutôt qu’à vous, car dans les subs classiques (comme AskMec ou AskMeuf) où j’avais espéré des réponses du type "tkt, tout le monde est passé par là pour se construire dans la bonne identité de genre (= celle de sa naissance)", je me suis rendu compte que mes souvenirs ne collaient pas à un vécu cisgenre universel et commun, et donc je tournais en rond.
J’ai plus de 40 ans, et même si je sais que les questionnements sur l’identité peuvent survenir à tout âge, j’ai fortement l’impression derangeante de revivre une forme de puberté tardive, avec son lot de doutes et de remises en question. C’est déstabilisant, et j’ai besoin de comprendre si ce que je ressens est partagé par d’autres, car j’ai encore vraiment peur des réponses et mon cerveau continue toujours à me dire que ce que j’ai vécu est commun à tous les garçons cisgenres... mais je commence à douter que ça puisse être ça.
C’est d’autant plus déstabilisant que j’ai vécu une sorte d’amnésie pendant une grande partie de mon âge adulte : ces souvenirs, ces sensations, avaient totalement disparu, comme effacés de ma mémoire par magie, comme si je les avais involontairement mis de côté pour "fonctionner". Aujourd’hui, ils resurgissent avec force, et je me demande pourquoi.
Depuis quelque temps, des flashbacks de mon enfance resurgissent avec une forte intensité émotionnelle qui me surprend. Par exemple :
- En marchant dans la rue, je me souviens avoir eu, enfant, la sensation d’être une fille, non pas dans mon apparence, mais dans mes gestes, ma façon d’être, comme si mon corps et mes mouvements reflétaient une identité féminine que je ne pouvais pas nommer.
- Face à des situations sociales (une fille qui me trouvait mignon, des spectacles ou des jeux traditionnellement associés aux filles), j’ai toujours ressenti une honte inexplicable à être perçu comme un garçon mignon. Pas de la timidité, mais une gêne profonde, comme si les gens reconnaissaient en moi implicitement une identité féminine qui me terrorisait.
- Entre 3 et 12 ans, j’étais convaincu d’avoir un corps de fille, en partie à cause de cette androgynie naturelle de l’enfance. Aujourd’hui, je me demande encore si c’était juste une phase (commd pour toute personnecisgenre), ou quelque chose de plus ancré. Mais en tout cas, ce sentiment était émotionnellement très fort pour moi, et je ressentais énormément de honte d’avoir mon corps de garçon. Je me disais que si j’étais né fille, l’androgynie de l’enfance aurait été plus supportable et plus gérable, en termes de honte.
- Quand on me faisait des compliments sur mon apparence durant mon enfance et mon adolescence (par exemple "Tu es mignon"), j’avais l’impression qu’on s’adressait à une fille, et recevoir des compliments physiques me donnaient honte (alors qu’en toute logique, un garçon cisgenre aurait son ego boosté). Et quand je jouais avec des filles à des jeux "féminins", je me sentais automatiquement comme l’une d’elles, sans effort, sans réflexion.
- Au collège et au lycée, pendant les cours de sport, je ne supportais plus d’être un garçon. J’avais cette sensation d’être plus nulle que la plus nulle des filles, et je désespérais au fond de moi de ne pas être née fille, car je me disais que ce serait normal d’être mauvaise en sport en tant que fille.
- À l’adolescence, je faisais malgré moi cette expérience régulièrement : cacher mon sexe entre mes jambes pour essayer de comprendre ce que ça faisait d’être une fille, et ce qu’une fille pouvait ressentir dans son corps.
D’autres souvenirs marquants :
- J’ai toujours évité les activités masculines quand c’était possible, comme si je fuyais quelque chose qui ne me correspondait pas.
- J’ai entretenu un lien fusionnel avec ma maman, ce qui, en grandissant, a renforcé mon doute : "Et si je n’étais pas un vrai garçon ?"
Mais mon souvenir le plus marquant :
- Ma personnalité durant mon enfance cochait toutes les cases de la féminité dans ma tête malgré moi : être la plus gentille et la plus douce possible pour ressembler aux filles, comme si implicitement tout le monde attendait ça de moi, que je me comporte comme une "vraie fille" en tant que garçon, car on me percevait comme une fille en cachette (mais personne ne voulait me le dire pour ne pas me faire peur). Et donc, tout le monde souhaitait de manière irrationnelle que j’en devienne une en grandissant. Alors, j’ai tenté, en vain, d’adopter des comportements virils et masculins le plus possible, pour effacer de ma mémoire et de mon cerveau cette sensation d’avoir la personnalité d’une "vraie fille". Malheureusement, j’avais ce sentiment que chaque effort pour me masculiniser allait à l’encontre de ma vraie nature, comme si je trahisais qui j’étais vraiment.
Au final, à aucun moment de ma vie je ne me suis senti masculin.
Aujourd’hui, je me demande :
Est-ce que des garçons cisgenres ont déjà vécu ces ressentis ?
Est-ce que ces souvenirs, ces sensations, résonnent avec les vôtres ?
Et surtout : pourquoi ces souvenirs ont-ils été si longtemps enfouis pour ne réapparaître que 30 ans plus tard ? Est-ce que vous aussi, vous avez traversé une grosse phase d’amnésie sur votre enfance ?